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Jean-Max Colard in Les Inrockuptibles

Art Selon les philosophes, l'homme habite le monde par le langage. Alors, par esprit de système et par provocation, Joël Ducorroy est allé au bout de cette logique : il a remplacé les choses par leur nom. Vous voulez un cactus, vous aurez une plaque minéralogique (avec le mot "CACTUS") plantée dans un pot de fleurs. Le chien est en plaque minéralogique (TETE, PATTE, QUEUE..,), de même que les photos souvenirs accrochées sur le mur (VUE DE VACANCES). Cette manie peut paraître amusante et n'être qu'un jeu, mais Joël Ducorroy lui donne la dimension du monde : il réalise des architectures de maisons, des appartements témoins qu'il décore du SOL au PLAFOND (le mot LATTE sur toute la surface habitable, un LIVRE posé sur une ETAGERE, et le CENDRIER posé à côté de la PLATINE LASER), compose des vêtements en plaque minéralogique (avec un joli MOTIF imprimé), et crée ainsi l'univers mangé par les signes. On se dit au moins qu'il n'y a pas de nom pour désigner cette activité artistique Toute particulière, mais si, il y a un mot pour tout : Joël Ducorroy se définit comme un artiste plaquetitien. A l'origine de cette entrée dans la folie des mots, il y a une rencontre avec Gainshourg, en 1981. Quelques jours, après, Joël Ducorroy court au BHV de l'Hôtel de Ville et fait consigner les quelques mots qu'il a échangés avec lui : "ET CETERA", "C'EST ADEQUAT". Par la suite, ce premier geste s'est trouvé surmultiplié et s'applique d'une manière implacable à l'ensemble de notre réalité quotidienne, depuis un simple hot dog inconsommable (où la plaque SAUCISSE se trouve prise entre deux BAGUETTES), jusqu'aux œuvres de l'art, comme par exemple un inestimable CHEF-D'ŒUVRE CUBISTE. Attention, Joël Ducorroy est fou, et comme tous les aliénés en liberté, il ne se contente pas de dire sa folie ni de la parler : il prétend nous y faire vivre.